Android Netrunner

En ce moment, un jeu me prend tout mon temps. Je passe mes journées à construire des decks. J’en rêve parfois la nuit et je peux y jouer des heures sans m’arrêter. Pourtant, il y a peu de chance que vous connaissiez ce jeu de cartes. Car, non, ce n’est pas Magic : l'Assemblée. Ce n’est pas non plus Hearthstone. C’est mieux.


Nous sommes en 1996. Cela fait 3 ans déjà que les magiciens de la côte (Wizards of the Coast en bon californien) nagent dans leur piscine de billets grâce à Magic : l'Assemblée et son format économique hyper lucratif. Pourtant, cela ne suffit pas à l’éditeur. Il a le monopole du jeu de carte à collectionner (JCC), autant en profiter. Alors il en commande d’autres à l’auteur de Magic, Richard Garfield. Cela tombe bien Garfield n’est pas tout à fait satisfait de son bébé. Il trouve que le joueur subit trop son jeu. Selon lui, les parties se gagnent trop souvent avant même de commencer à jouer. Il veut donner plus d’options au joueur pendant la partie. Lui offrir des choix qui auront un impact plus important sur l’issue de la rencontre. Pour cela, il crée Vampire : The Eternal Struggle en 1994 puis Netrunner en 1996. C’est ce dernier qui va nous intéresser.

Enfin, pas exactement. Car Netrunner premier du nom a disparu en 1999. Il faudra attendre 2012 pour que le phénix renaîsse de ses cendres avec, au passage, un nouveau modèle économique et un nom ralongé : Android Netrunner (ANR).

ANR n’est donc plus un jeu de cartes à collectionner, c’est un jeu de carte évolutif. Disparu, les petits paquets de cartes au contenu inconnu (les boosters) et le système de rareté. Maintenant, les boosters ont un contenu identique. On y trouve chaque carte en 3 exemplaires, nombre limite de cartes identiques par decks. Du coup, avoir toutes les cartes est plus simple et ne vous coûtera plus qu’un demi-bras. (Oui, ça reste cher).

Pourtant, croyez-moi, le jeu en vaut la chandelle. Surtout si vous êtes amateur de créations de decks. Néanmoins, ce n’est pas qu’un vague clone du vénérable jeu de cartes à collectionner. De par son thème, d’abord. Android Netrunner prend place dans un futur dystopique. Le capitalisme libéral bat son plein et le monde est à la botte de puissantes corporations. Certains luttent contre elles via le réseau. On les appelle des runners. Vous l’aurez compris, le jeu s’inspire clairement du cyberpunk. Si ce genre n’est pas vraiment nouveau (le neuromancien de Gibson, livre qui en a posé les jalons, a été publié en 1984), son usage dans un univers ludique dominé par la fantasy et le space opera en est rafraîchissant.

Le jeu en lui-même est asymétrique. L’un des joueurs jouent le pirate informatique, le runner. L’autre, la corporation, qui cherche à se défendre en protégeant ses serveurs. L’enjeu, les cartes projets (agenda en VO) qui, volés ou finalisés, rapportent un certain nombre de points. Si un joueur atteint 7 points projet, il remporte la partie. L’idée d’avoir donné aux joueurs des rôles différents avec des cartes dédiées et des mécaniques uniques enrichit considérablement le jeu.

Ce n’est pas tout. Contrairement à magic, jouer des cartes n’est pas la seule option du joueur. Chacun des deux possèdent une réserve de point d’actions par tour (les “clics”), une action peut être de jouer une carte mais également d’en piocher une ou de récupérer un crédit, la monnaie du jeu. D’autres actions spécifiques à chaque rôle sont également prévues. Cela offre au joueur une marge de manoeuvre nettement plus grande. La maîtrise sur le jeu s’en voit renforcé et le nombre dilemmes augmentés. Faut-il temporiser et accumuler de l’argent ce tour-ci ou, au contraire, commencer à installer ses cartes ? Un mauvais timing risque de vous faire perdre la partie... Netrunner est vraiment un nom judicieux pour ce jeu. C’est une course, un marathon, durant lequel il faut savoir ménager ses forces sous peine de se retrouver sans-le-sou en milieu ou en fin de partie.

Autre élément bien plus développé qu’à magic, le bluff. L’une des spécificités du joueur corpo est qu’il installe ses cartes face caché aussi bien ses défenses que ses projets ou ses pièges. Un runner imprudent pourrait bien risquer d’offrir à la corpo une victoire alternative. Il risque de se prendre des dommages. Un dommage subi pour le runner, c’est une carte défaussée de sa main. S’il se prend plus de dommages qu’il a de cartes, il est mort (on dit qu’il est "flatlined").

C’est déjà pas mal et pourtant je n’ai pas fait le tour du jeu. Je pourrais encore vous parler des différentes factions runner et corpo, une nouveauté de 2012, qui modifient la création de deck. Du choix d’une identité qui offre au joueur une capacité permanente.

ANR est un jeu riche, plus palpitant à jouer que son aîné. Il en partage néanmoins ses défauts. Des règles touffues ainsi qu’un vocabulaire spécifique ajoutent au plaisir de l’initié mais demandent un peu de temps pour être maîtrisé. L’investissement financier, quant à lui, s’il n’atteint pas les sommes insensées des JCC, restent important. Surtout, si on veut rester à la page et participer à des compétitions.

Oui, c’est un jeu exigeant ludiquement et financièrement mais qui vaut vraiment le coup. Si vous êtiez tenté de vous remettre à Magic, lorgnez d’abord du côté de Netrunner. Vous y trouverez peut-être votre bonheur.

Laissez un commentaire

6 Commentaires

  • Apparemment très populaire : classé n°7 sur boardgamegeek.

  • J'enregistre l'info, et je me garde ça quand il me viendra l'envie de jouer à un JCC. Merci smile !

    (Par contre j'ai cru que c'était un jeu pour Android en voyant le nom de l'article razz )

  • Pour avoir joué quelques parties avec l'auteur de cet article avec des decks qu'il avait construit lui-même, je confirme que les joueurs de Magic L'assemblée ne seront pas dépaysés. L'asymétrie entre les deux missions des joueurs est bienvenue durant le jeu lui-même, même si cela divise par deux les possibilités de rencontres entre les decks, puisque deux decks corpos ou deux decks runner ne peuvent pas jouer contre. Je suppose que cet inconvénient est contrebalancé par le fait qu'on puisse facilement se procurer toutes les cartes du jeu.

    Par contre, le hasard est toujours bien présent. Ainsi, j'ai pu remporter une manche en tant que runner contre Cathaseris en corpo parce que j'arrivais toujours à piocher dans son deck une carte agenda après un hack réussi, ce qui m'a rapproché beaucoup plus rapidement de la victoire que les probabilités de pioche de ces cartes voudraient. La partie suivante a par contre logiquement fait honneur à sa connaissance du jeu.

    Un jeu bien fait donc, même s'il ne se débarrasse pas complètement du hasard de la pioche, ce qui est un poil dommage pour un jeu de 2012.

  • J'y ai joué quelques parties et je l'ai trouvé vraiment sympa. Je ne suis pas un grand fan de la création de deck, j'ai simplement chaque fois joué avec la base, mais c'est vraiment sympa. J'aime beaucoup l'univers et les règles smile

  • @Ertaï
    Plus le temps passe plus j'apprécie les jeux qui me racontent une histoire. Avec netrunner, c'est le cas et le hasard y fait beaucoup. Mes parties les plus mémorables sont celles dans lesquelles le hasard s'est mêlé.
    Dans l'une des dernières, tout c'est joué sur une sorte de chifoumi. De vraies montagnes russes émotionnelles.

    Par contre, ce qu'il faut savoir que certaines factions de la corporation sont plus... disons "stables" que d'autres. Moins soumise au hasard. Du coup, moins rigolote à jouer. C'est une question de choix.

    @Dragoris
    Dans la boite de base, il y a de quoi faire 4 decks corpo et 3 decks runner (mais seulement deux à la fois). C'est déjà pas mal et laisse le choix de découvrir le jeu et son style.

  • J'ai découvert le jeu il y a 2-3 mois et j'en suis aussi tombé amoureux. Je n'y joue pas souvent mais quand même de temps en temps avec un de mes collocs. On a pour l'instant investis dans un Core Set, la saison 1, et le premier paquet de la saison 2. Donc déjà prêt de 150e mais qui nous donnent énormément de possibilités. On aime d'ailleurs pas du tout les mêmes factions, ce qui est plutôt bon signe je trouve.

    Après, je trouve les parties un peu longue. On est souvent parti pour prêt d'1h30 par partie (sans aller retour !). Sans doutes du fait qu'on réfléchit beaucoup mais surtout à mon avis du fait qu'il y a beaucoup de calculs (simples) à faire. Qu'on soit Runner ou Corpo, c'est indispensable de toujours calculer ses possibilités de hacker/repousser à tel ou tel serveur. Mais bon c'est sans doutes indispensables pour faire un jeu avec de la profondeur qu'il y ait une certaine dose de math qui s'y intègre.

    Mais à l'inverse j'aime particulièrement la quantité de possibilités offertes à chaque tour, et l'importance de la prise de risque et des probabilités.

    Plus largement, c'est d'ailleurs souvent ce que je préfère dans un jeu lorsque les probabilités prennent le pas sur les calculs arithmétique. Ici, on est dans un espèce de 50/50 permanent qui rend ardu les décisions à prendre.

Laissez un commentaire

Vous devez être connecté pour commenter sur le Refuge. Identifiez-vous maintenant ou inscrivez-vous !


Marre des pubs ? Inscrivez-vous !

Fiche technique

Année de publication :

Edition :

Mécanique :

Matériel :

Nombre de joueurs :

Public visé :

Durée d'une partie :

Création :

Distribution :